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BONUS : panorama de l’hôtellerie en France

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Panorama 2025 de l’hôtellerie en France par Coach Omnium — 34e édition annuelle

L’ANNÉE DES JO 2024 PAS SI PROFITABLE POUR L’HÔTELLERIE FRANÇAISE

On s’attendait à des scores mirobolants d’activité pour l’hôtellerie en 2024. Il n’en a rien été. C’est tout juste un cru acceptable qui s’est présenté à nous. Et le parc hôtelier français continue de perdre des adresses.  

Les pronostiqueurs les plus prolixes comme les divinateurs de tout poil avaient tous annoncé une année 2024 merveilleuse pour le tourisme français et en corollaire pour l’hôtellerie. Vous alliez voir ce que vous alliez voir !

Messieurs les investisseurs, dépêchez-vous d’ouvrir des hôtels, sécurisés que vous serez par la (trop) fameuse « résilience » de l’hôtellerie. Grâce aux évènements à venir, « Les hôtels seront pleins à la gueule et ils pourront augmenter fortement leurs prix », affirmait sans prudence un « expert » début 2024. Sur le papier, il aurait pu avoir raison. Les chiffres contredisent évidemment cette voyance.

MOINS DE CLIENTS QU’EN 2023

Le résultat est que les hôteliers (surtout parisiens) ont en effet tenté de faire gonfler leurs tarifs façon Montgolfière, avant de les rebaisser devant la polémique lancée par les médias dès janvier 2024, puis face à des plannings pas très garnis. À croire que l’expérience des précédents Jeux Olympiques (Londres, Rio…) n’a pas servi.

Les taux d’occupation de l’année n’ont de facto par été aussi formidables qu’espérés, avec au final 61,1 % en 2024 contre 61,8 % (-0,7 point) l’année précédente, non gratifiée par les JO. On est même à -1,3 point de remplissage comparé à 2019, avant le Covid.

À Paris, la fréquentation hôtelière annuelle a été encore plus en retrait, avec un score annuel de 76,4 % de taux d’occupation contre 78,4 % en 2023 (-2 points).

Certes, tout cela n’est pas catastrophique, mais l’événement très attractif des Jeux Olympiques et leur grande réussite, sans parler du 80e anniversaire du débarquement en Normandie en juin, n’ont pas magistralement rempli les hôtels. Seuls les (forts) coups de pouce que les professionnels ont donné à leurs prix ont pu les consoler et compenser petitement la perte de nuitées.

Il faut ajouter les grèves de la SNCF et les violentes manifestations d’agriculteurs au premier trimestre qui ont fait fondre les voyages. Pour compléter le tableau, l’ensemble du secteur touristique a été impacté par des tensions sur le pouvoir d’achat, conduisant à une diminution de la fréquentation et des dépenses touristiques.

En dehors des quelques semaines occupées par les JO, les professionnels du tourisme ont globalement observé une baisse significative de leur chiffre d’affaires avec moins de clients, attribuée à une météo défavorable, des incertitudes économiques et une réduction des dépenses des ménages (séjours de loisirs).

Si bien que l’Insee calcule que les hôtels ont accueilli 210 millions de nuitées en 2024 contre 215 millions en 2019 (-2,3 %) et 213 millions en 2023 (-1,4 %).

Petit détail qui en dit gros : avec 61,1 % de taux d’occupation de l’hôtellerie en 2024 indiqué par l’Insee le seul baromètre conjoncturel hôtelier fiable, même s’il n’est pas parfait (NDLR) —, on est loin des extravagants (pour faire plaisir à qui ?) 65,7 % publiés par un cabinet d’études hôtelières — soit un écart de près de 16 millions de nuitées ! — et des 63,1 % par un autre — lire nos analyses sur les baromètres conjoncturels hôteliers.

DES RETOMBÉES APRÈS JO ?

Cela ne saute pas aux yeux. Si l’hôtellerie française a vu ses scores de fréquentation augmenter en novembre et décembre (+0,6 et +1,2 point respectivement) dus principalement à des reports de conventions, séminaires et voyages d’affaires qui n’avaient pu se faire au 3e trimestre, ils ont en revanche reculé en septembre (-1,7 point) — malgré les Jeux Paralympiques — et en octobre (-0,1 point).

 CLIENTÈLES : RETOUR À LA NORMALE…

Un tiers des nuitées hôtelières proviennent à nouveau de la clientèle étrangère (non-résidents) en 2024 comme en 2019. Le temps du Covid avec des remplissages misérabilistes en 2020 et en 2021 est oublié. En revanche, tous les hôtels ne sont pas logés à la même enseigne. Si les établissements 4 & 5 étoiles (haut de gamme et luxe) ont eu en moyenne 49,9 % de leurs nuitées consommées par les non-résidents, c’est seulement 25,4 % dans les hôtels 1 & 2 étoiles (super-économiques et économiques). Mais, c’est un phénomène que l’on connaît de longue date.

Plus en détail, les séjours dans les hôtels en zones urbaines de province ont pesé pour 36 % du volume global de nuitées et 32 % pour l’Île-de-France. L’hôtellerie en milieu rural ne représente que 8,8 % des nuitées.

Quant à la durée moyenne de séjour, elle reste depuis plusieurs années à 1,8 jour, dont 1,7 pour la clientèle domestique. C’est 2,4 jours à Paris. Pour des séjours plus longs, les voyageurs et touristes optent plus volontiers pour d’autres modes d’hébergement mieux adaptés : locations de meublés, résidences de tourisme, campings, etc.

PERSPECTIVES POUR 2025 ?

Ne comptez pas sur nous pour sortir la boule de cristal. Nous nous moquons suffisamment souvent de ceux qui s’y essaient pour ne pas tomber à notre tour dans ce travers. Leur prétention à annoncer l’avenir sont aussi grotesques que leurs prévisions qui ne se réalisent bien sûr jamais. D’un côté, ces devins ne s’en vantent pas et de l’autre, ils savent que personne ne viendra leur demander de comptes le temps venu. Cela les encourage à prédire tout et n’importe quoi, avec parfois la complicité de la presse.

Plus généralement, s’il est possible de tracer des objectifs et des stratégies dans le tourisme et par conséquence en hôtellerie, il est impossible de faire prévisions. Il n’y a pas de cycles non plus. Il n’y en a jamais eu.

UN PARC HÔTELIER QUI CHANGE DE MANIÈRE ENDOGÈNE

Le parc hôtelier français s’est réduit de 112 adresses entre 2023 et 2024, selon le recensement de l’Insee. C’est même plus de 1.100 hôtels de moins depuis 2019, pour réunir à présent 16.610 établissements classés (étoiles) et non classés.

Les données de la Banque de France indiquaient que 279 hôtels avaient été liquidés en 2022. 30 % de moins en 2023. Pour 2024, les données n’étaient pas encore publiées à la clôture de cet article. Pour mémoire, c’étaient 207 en 2020 et 167 en 2021.

L’inflation dans les charges d’exploitation (salaires, énergie…) mais aussi dans les coûts de construction depuis le début de la guerre en Ukraine, les difficultés de recrutement, moins de voyages d’affaires par le télétravail, ainsi que les PGE à rembourser ont eu raison de surtout beaucoup de petits hôtels, majoritairement en milieu rural et dans les petites villes. Le seuil de rentabilité s’étant fortement relevé depuis ces dernières années, seuls les plus gros hôtels ont pu mieux s’en sortir.

Mais, il n’y a pas que les liquidations prononcées par les tribunaux. D’autres établissements ont simplement fermé pour diverses causes (retraites, transformations, etc.). Et les créations d’hôtels n’ont pas compensé ces pertes. Ces créations se situent désormais essentiellement en milieux urbains, et surtout dans les grandes métropoles où les tourismes d’affaires et de loisirs sont tout deux présents et où les scores de remplissage sont les meilleurs.

Rien qu’à Paris, c’est un solde de 122 hôtels en plus depuis 2014. Mais surtout, l’on compte plus d’une centaine d’hôtels en projet ou en cours de construction dans la capitale et sa périphérie ! (voir notre Panorama de l’hôtellerie parisienne).

C’est principalement en termes de catégories/gammes que l’on assiste à des changements et à une reconfiguration interne du parc hôtelier français. En voyant les chiffres, il n’aura échappé à personne que l’hôtellerie française « monterait en gamme ». Du moins sur le papier, administrativement et dans les discours. Pas forcément en termes de qualité d’offres.

On compte ainsi près de 8.700 hôtels économiques (1 à 2 étoiles) en moins depuis 2010, juste après la mise en place du nouveau classement hôtelier.

A l’inverse, le nombre de 4 et 5 étoiles a enflé comme une brioche (voir graphique plus loin). On en comptait 898 en 2010 contre 3.019 établissements à ce jour !

On recense 201 de ces établissements « premium » supplémentaires rien qu’en un an (entre 2024 et 2025). Et ce n’est pas fini. Le haut de gamme et luxe représentent à présent 22 % des hôtels classés, contre 5 % en 2010. Lire notre article « Des hôtels haut de gamme comme s’il en pleuvait ».

Si la capacité moyenne des hôtels français est désormais de 40 chambres, cela monte à 65 clefs en 4 étoiles et à 58 en 5*.

DISTINCTION « PALACE »

À noter qu’une nouvelle commission, réunissant des « personnalités », a été créée pour décerner la distinction « palace » aux 5 étoiles qui en feraient la demande. La précédente de 2019, attribuée à 31 belles adresses, était valable 5 ans. Il fallait par conséquent relancer la machine.

Le principe qu’un organisme (Atout France) s’approprie l’appellation « palace », qu’un jury (comme le précédent) soit composé de quelques membres dont on pourrait reprocher des conflits d’intérêts (plusieurs jurés travaillent avec ou pour des hôteliers de luxe) ou encore le mode d’attribution qui est discutable, tout cela laisse perplexe de nombreux observateurs et professionnels — lire notre analyse.

DU HAUT DE GAMME COMME S’IL EN PLEUVAIT !

Le classement hôtelier matérialisé par les étoiles, mis en place en 2009 et actualisé deux fois depuis, n’impose que des critères minimalistes, d’aucun disent « au ras des pâquerettes ». Il ne demande pas d’effort particulier si l’on est un hôtelier responsable et informé.

En allant plus loin, en respectant son référentiel à la lettre, les hôtels classés ne reverraient plus leurs clients tant ces normes sont éloignées des attentes des voyageurs que Coach Omnium interroge régulièrement.

Par exemple, en 4 étoiles, il faut des chambres pour deux personnes au minimum de 16 m2, salle de bains comprise… autant ne pas être gros et ne pas avoir de volumineux bagages (avis aux Américains qui voyagent en Europe). Quant aux vérifications, elles sont très discutables dans leur forme et leur process : lire notre article sur le sujet.

Le nouveau système a permis à plus de 6 hôteliers sur 10 de demander (et obtenir sans peine) une étoile supplémentaire par rapport à leur ancienne homologation. Cela s’est généralement fait sans enrichir les prestations avec l’espoir secret de pouvoir relever les tarifs. Les étoiles « new look » — qui ne prennent pas en compte les avis des vrais clients d’hôtels puisqu’aucun n’a été interrogé pour élaborer le référentiel et que l’e-réputation des hôtels est ignorée — n’ont pour conséquence que de brouiller les pistes pour les éventuels voyageurs qui souhaiteraient encore se fier à elles.

Mais, les clients d’hôtels sont désormais peu nombreux à les prendre en considération au moment de rechercher un hôtel où se loger : 16 % (dont seulement 8 % des seniors) contre 64 % en 2008 (études Coach Omnium). Donc, le sujet n’a guère plus d’importance …sauf pour la majorité des hôteliers — à part 24 % dont l’hôtel n’est pas classé —, qui sont les seuls encore à voir dans les étoiles une valorisation ou une reconnaissance. Pas leurs clients.

74 % des clients d’hôtels européens interrogés dans les études de Coach Omnium ont le prix pour premier critère (contre 58 % en 2017), qui leur permet désormais de se faire une idée bien plus fiable que les étoiles sur la gamme des hôtels auxquels ils ont affaire.

C’est Internet qui a tout changé dans la préparation des voyages, avec ses incontournables plateformes en ligne et comparateurs, proposant d’autres informations plus réalistes et plus utiles que les étoiles. Le prix, comme critère de sélection, est complété par les avis en ligne de clients, les notations et leurs photos publiées, consultés par près de 3/4 des voyageurs avant de choisir un hébergement.

LES NON-CLASSÉS, PAS TOUJOURS CE QUE L’ON CROIT

Le classement hôtelier — qui est non obligatoire — n’a, encore une fois, pas forcément la cote auprès de tous les hôteliers. Les non-classés en France sont près de 3.900 unités en 2025, soit presque un quart du parc hôtelier, contre à peine 1.911 en 2010 (11 %). C’est à Paris que l’on trouve le plus d’hôtels arborant des étoiles, soit 95 %.

Il faut dire que d’une part, les hôteliers sont de plus en plus nombreux à savoir que les étoiles ne peuvent pas leur servir objectivement dans les ventes (voir plus haut), à part éventuellement dans le luxe. Un hôtel dynamique commercialement avec un bon produit peut trouver ses clients en affichant ou pas un classement. Les étoiles ne rapportent aucun client par elles-mêmes. Encore une fois, les voyageurs sont peu nombreux à en tenir compte ou à s’y fier.

D’autre part, beaucoup d’hôteliers avaient demandé un classement pour obtenir des subventions auprès des collectivités locales imposant souvent ce préalable. Même chose pour les crédits auprès des banques. Une fois reçues, il n’y avait plus de raison de renouveler l’homologation (cela se fait tous les 5 ans).

Ce nombre d’établissements sans étoile ne correspond pas nécessairement à des hôtels n’ayant pas pu satisfaire aux nouvelles règles du classement (pourtant très réducteur en termes de critères) ou qui seraient médiocres. On y trouve de tout. À la fois des établissements qui sont en voie / attente de fermer (départ à la retraite des propriétaires, mise en vente, redressements judiciaires, difficultés économiques…), et qui n’entament plus aucune mise aux normes, ni rénovations. Ni demande de classement.

Et, des hôtels qui peuvent être de grande qualité qui n’ont tout simplement pas souhaité arborer les nouveaux panonceaux rouges ou qui les ont abandonnés, pour s’éviter toute contrainte. Et de nombreux hôteliers disent que devoir payer (les audits) pour être reconnu en termes de qualité est absurde. Ce sont en effet les clients qui sont seuls juges.

Cela explique que les hôtels non classés, parce que souvent en milieu rural et de petite capacité (21 chambres en moyenne) et donc peu profitables, enregistrent selon l’Insee quelques points de taux d’occupation en moins par rapport aux hôtels classés. C’est 9 % des nuitées hôtelières contre 12,3 % des chambres disponibles. Mais, ce n’est en aucun cas parce qu’ils n’arborent pas d’étoiles, qui ne peuvent rien pour eux commercialement.

L’HÔTELLERIE INDÉPENDANTE, FAROUCHEMENT MAJORITAIRE

L’hôtellerie indépendante — par rapport aux chaînes intégrées — est très majoritaire en France (81 % des hôtels, soit près de 13.500 unités) et même en Europe. Sans compter les franchisés des groupes hôteliers qui sont également des indépendants, mais avec un statut particulier (régi entre autres par la Loi Doubin de 1989).

Les vrais indépendants sont formés par une grande quantité d’établissements de type familial, donc généralement de petite capacité (les unités en franchises sont plus grandes).

Comme dans la plupart des pays d’Europe, la taille moyenne de ces hôtels français indépendants est (trop) réduite sur un plan économique : 26 chambres en moyenne.

Si bien sûr la clientèle aime les petits hôtels de charme pour ses week-ends, cette situation pose à la profession un problème de plus en plus imposant pour dépasser le seuil de rentabilité et pour joindre les deux bouts. Surtout que les petits hôtels sont souvent situés dans des marchés faiblement à peu porteurs.

Plus on se tourne vers le milieu rural, plus les hôtels ont encore une fois des faibles scores de fréquentation et sont de petite capacité : 19 chambres en moyenne par établissement.

Or, on sait qu’en dessous de 45 à 50 chambres environ, selon les gammes (et 50 à 60 en hôtellerie super-économique), il est difficile de s’y retrouver dans ses comptes. Il existe des exceptions, mais elles sont rares. Nos études économiques sur ce thème le confirment constamment. Même si beaucoup de ceux-là sont également et parfois avant tout restaurateurs, avec une clientèle locale fidèle.

Par ailleurs, paradoxalement, plus un hôtel est grand, meilleur est généralement son taux d’occupation car, encore une fois, il peut travailler avec plusieurs segments de clientèles complémentaires (mix-clientèle élargi), dont des groupes et des séminaires, le cas échéant. Et… meilleure est sa profitabilité parce que l’hôtelier amortit mieux ses charges fixes d’exploitation, qui représentent la majorité de ses frais (entre 85 et 90 %).

Ce phénomène de la hausse des seuils de rentabilité — où les trop petites structures ne s’en sortent plus (ou mal) économiquement, situation aggravée par la hausse des salaires et des coûts d’énergie, notamment — se retrouve dans pratiquement tous les autres secteurs d’activité : commerce, agriculture, viticulture, industrie, etc. Small n’est pas toujours beautiful.

Bien entendu, la profitabilité d’une affaire hôtelière lui permet de durer, de réinvestir, de soutenir la qualité de ses équipements et de son confort, de mieux payer son personnel, de motiver ses exploitants, d’acheter une liberté vis-à-vis des banques… et, en corollaire, de favoriser le remplissage et la satisfaction du consommateur.

Cette petite taille de notre hôtellerie et l’insuffisant rendement des unités modestes a conduit l’offre hôtelière à accuser un sérieux retard de modernité et à imposer une prestation souvent inadaptée aux attentes de la clientèle. Cela se vérifie tous les jours dans les e-réputations. Même si la situation semble aller en s’améliorant, au moins en milieux urbains, pour les raisons déjà évoquées.

LES CHAINES HÔTELIÈRES INTÉGRÉES S’IMPOSENT TOUJOURS

Les chaînes hôtelières intégrées (les réseaux qui réunissent des filiales de groupes hôteliers et/ou des franchisés) sont toujours une force vive dans notre paysage hôtelier. Elles continuent à se développer, mais d’une manière désormais « molle » comparée à une dizaine d’années et avant — étude exclusive de Coach Omnium sur les chaînes hôtelières intégrées (24e édition).

Si la petite centaine d’enseignes recensées par Coach Omnium lors de sa dernière enquête ne représentaient que près de 19 % du nombre d’hôtels français (soit près de 3.200 hôtels en filiales, franchises et mandats de gestion), elles réunissent 41 % du volume total de chambres (leur capacité moyenne est de 85 chambres contre 26 chez les indépendants).

Du coup, elles accueillent tout de même presque une nuitée hôtelière sur deux.

Grâce aux plus grandes capacités de leurs hôtels, leur permettant de jouer avec un mix-clientèle large, les chaînes hôtelières intégrées bénéficient souvent de taux de remplissage supérieurs de quelques points à ceux des indépendants, selon les destinations, à hôtels comparables. Mais, ce constat est moins vrai dans les moyennes et grandes villes, dont Paris, où cet écart est bien plus faible, voire inexistant.

Les réseaux intégrés sont également en moyenne plus chers de 15 à 20 %, malgré les nombreuses promotions tarifaires appliquées selon les périodes creuses. Mais là aussi, cette différence tarifaire avec l’hôtellerie indépendante se vérifie désormais moins en agglomérations.

Enfin, pour accueillir davantage de clients, les hôtels de chaînes intégrées sont ouverts 365 jours/365, quand beaucoup d’indépendants sont saisonniers, hors des espaces urbains.

Aujourd’hui, les phénomènes de concentration s’intensifient dans l’hôtellerie, comme dans les autres secteurs d’activité économique. Les deux groupes hôteliers leaders en France — Accor et Louvre Hotels — contrôlent près de 3/4 des hôtels affiliés à des chaînes hôtelières intégrées, dont une domination sans surprise du premier, qui en fédère autour de la moitié.

On constate depuis peu de temps une recherche de rajeunissement et de remodélisation de l’hôtellerie de chaînes intégrées, qui s’inspire clairement — sans le dire — des auberges de jeunesse nouvelle génération (hostels) et d’Airbnb, pour redonner un coup de jeune à son offre. L’entrée du lifestyle et la généralisation de la déstandardisation dans les designs marquent cette tendance pour tenter de relancer les enseignes et leur donner un nouvel attrait. Même si on constate que les concepts originaux sont souvent (mal) recopiés et dupliqués à outrance — ce qui tue l’originalité voulue au départ — et que l’innovation vient principalement des décors, parfois tape-à-l’œil ou trompe-l’œil.

Sans parler de « l’éco-responsabilité », du « tourisme durable », du « commerce équitable » (achats) ou encore de la « sobriété énergétique » déclinés à toutes les sauces, sans trop savoir comment cela se met vraiment en place dans les hôtels. Sinon, juste par des auto-proclamations inondant toute la communication. Greenwashing, quand tu nous tiens…

On a également vu arriver depuis ces dix dernières années des nouvelles marques qui se présentent volontiers comme des nouveaux concepts — réellement ou juste fantasmés — ou avec l’ambition proclamée de « dépoussiérer l’hôtellerie ». En tout, ce sont près d’une trentaine de nouvelles enseignes — pas toujours très intelligibles, d’ailleurs — qui s’installent sur le territoire français, s’ajoutant à celles recensées par Coach Omnium.

Enfin, notre dernière étude sur l’e-réputation des plus grandes chaînes hôtelières intégrées en France (plus de 100 adresses) laisse apparaître un vrai problème d’appréciation par le public. Les notations des hôtels (près de 2.500 établissements pris en compte dans notre enquête) par les clients sur les principaux sites de commentaires clients sont systématiquement moyennes à carrément médiocres (surtout dans les gammes économiques). Aucun réseau important ne sort du lot. En somme, on peut être connu (notoriété = aspect quantitatif) mais souffrir d’une image qui laisse à désirer (aspect qualitatif).

Il faut dire que les chaînes ont laissé énormément de leurs établissements vieillir et le personnel souvent réduit ou difficile à recruter ne compense pas la déception portée sur les offres.

La mauvaise image guette, d’autant que, plus encore que chez les indépendants, les chaînes intégrées ont donné un furieux élan à leurs prix, avec en conséquence une belle remontée du RevPar, largement vantée. Sauf que cet indicateur associant taux d’occupation et prix moyen chambre a masqué un remplissage des hôtels en retrait. En somme, les chaînes (suivis de bon nombre d’indépendants) ont perdu des clients en rehaussant fortement leurs prix.

LES RÉSEAUX VOLONTAIRES POUR LES INDÉPENDANTS

Ils se présentent sous une vingtaine d’enseignes et de labels dans l’Hexagone, qui regroupaient plus de 3.800 hôtels indépendants en 2022, dont près de 10 % environ adhèrent à deux ou à trois réseaux différents. Lire notre Panorama des chaînes hôtelières volontaires.

Plutôt déboussolées face à l’efficacité commerciale et à l’omniprésence des OTAs (agences de voyages et plateformes de réservations en ligne — voir ci-après), les chaînes hôtelières volontaires perdent massivement des adhérents. Il y en avait près de 6.500 il y a 10 ans ; c’est 42 % de moins à présent.

De plus, seule une poignée, soit 2 marques à peine, détiennent une notoriété honorable auprès des clientèles hôtelières européennes que Coach Omnium interroge régulièrement (voir notre étude sur la notoriété des chaînes hôtelières). Les autres sont peu ou pas connues et ne peuvent pas prétendre être des apporteurs d’affaires à leurs hôteliers affiliés.

LE FURIEUX IMPACT COMMERCIAL DES PLATEFORMES DE RÉSERVATIONS

L’influence extrêmement forte commercialement des agences de voyages en ligne (OTAs) et plateformes de réservations a clairement remis en question le monopole des chaînes hôtelières intégrées (en France depuis le premier Sofitel en 1964, puis Novotel en 1967) et bien sûr, a fortiori, des chaînes volontaires (voir notre analyse « Quand les OTAs discréditent le modèle commercial des chaînes hôtelières »).

Si les OTAs ne créent pas de surplus de demande hôtelière, elles répartissent naturellement les réservations et donc les nuitées hôtelières avec un bénéfice direct, plus ou moins patent, aux indépendants les mieux en vue. D’où peut-être un recul de la part de marché des chaînes intégrées (hormis d’autres raisons) : 48 % en 2024 contre 51,7 % en 2019…

Le choix très large de l’offre d’hébergements (pas seulement en hôtels) sur ces plateformes plaît bien mieux à la clientèle que les centrales de réservations des chaînes qui n’ont fatalement qu’une panoplie plus réduite à proposer. Et ces opérateurs apportent des garanties aux voyageurs et donc les sécurisent.

Booking, par exemple, met en vitrine un catalogue de plus de 3,4 millions d’hébergements dans le monde, dont 475.000 hôtels, quand on en dispose en France de moins de 17.000. Cela donne une mesure de l’échelle. Plus fort encore, le site mondial dépense pas loin de 7 milliards de dollars par an pour son marketing, soit 25 % de mieux que le chiffre d’affaires du groupe Accor en 2024 ! Qui dit mieux ? Aucun groupe hôtelier en tous cas.

Ces chiffres vertigineux apportent la dimension de sa puissance.

Le sérieux problème des chaînes hôtelières se constate d’autant plus quand leurs centrales de réservations ne sont tout simplement pas toujours aussi sexy, ni aussi bien référencées sur les moteurs de recherche, ni aussi performantes et ergonomiques que peuvent l’être celles des OTAs, ce qui est courant.

Nos études auprès des clientèles hôtelières européennes confirment que 66 % des voyageurs utilisent occasionnellement ou régulièrement les OTAs pour réserver à l’hôtel. Ils étaient 13 % en 2009… 16 % (seulement) passent par les plateformes et centrales de réservations des chaînes hôtelières, contre 32 % en 2010.

Bref, la clientèle hôtelière aime de plus en plus des intermédiaires connus sur le Net (près de 9 voyageurs sur 10 font leurs recherches d’un hébergement sur Internet), parce qu’elle les trouve « pratiques », « efficaces », « rapides », « disposant d’un large choix d’offres » et « apportant de nombreuses promesses tenues » (citations recueillies auprès des voyageurs dans nos enquêtes).

Mais aussi parce que les sites des hôtels « ne donnent pas toujours envie », « ne rassurent pas toujours », « ne sont pas forcément très vendeurs ou séduisants » et « certains hôtels obligent à téléphoner pour réserver (leur site ne permet pas de réserver en ligne en temps réel — pas de moteur de réservations) » — citations de clients interrogés par Coach Omnium.

LA PROBLÉMATIQUE DE L’HÔTELLERIE EN FRANCE

1) – HÔTELS TROP PETITS ? Si la capacité moyenne des hôtels français est de 40 chambres (26 chambres pour les indépendants), il va de soi que cela cache une grande diversité. En réalité, les hôtels français sont encore une fois plutôt (trop) petits. 29 % des classés ont moins de 20 chambres, sans compter la majorité des près de 4.000 non-classés (21 chambres en moyenne). Plus largement, 9.253 établissements classés ont moins de 50 chambres soit 72 % du parc étoilé ! Voir graphique.

Avec à peine près de 3.500 hôtels d’une jauge de plus de 50 chambres — ceux qui intéressent les chaînes intégrées — mais dont une grande partie en fait déjà partie, les réseaux qui espèrent attirer de nouveaux indépendants pour en faire des franchisés en seront pour leur frais. Il n’y a pas de réserve d’établissements avec suffisamment de chambres pour entrer dans leur modélisation économique. Leur seule option est de fédérer des hôtels à construire, de bonne capacité… ou de piquer des franchisés aux concurrents.

On est donc à presque 3/4 d’établissements qui ont moins de 50 chambres. Or, comme déjà expliqué, les études économiques que réalise Coach Omnium démontrent qu’avec moins de 45 à 50 chambres, selon les gammes et les localisations, il est souvent compliqué de trouver une rentabilité. Même sur un marché porteur. A l’opposé, seulement 5 % des hôtels en France ont plus de 100 chambres. A noter que près de mille hôtels se sont fait classer en ayant moins de 10 chambres, à peine.

Curiosité : les deux hôtels les plus grands en France sont l’hôtel Disney’s Newport Bay Club (1.097 chambres) et le Méridien Étoile (1.022 clefs). Les hôtels classés les plus petits n’ont que 3 chambres…

2) – SOUCIS DE RENTABILITÉ ? Près de 1 hôtel indépendant sur 2 est en déficit ou à peine en équilibre dans ses comptes, selon les enquêtes que Coach Omnium réalise. Et la crise liée au Covid a immanquablement aggravé cette situation déjà dramatique, avec en corollaire des PGE qui restent encore à rembourser pour beaucoup des hôteliers-restaurateurs. Les liquidations judiciaires d’hôtels viennent souvent à la suite de ce constat sur la fragilité des petites unités.

3) – ISOLEMENT ? Dans l’ensemble, près de 6 hôteliers français sur 10 n’adhèrent à aucun réseau, ce qui les isole et les vulnérabilise parfois. Même si on peut désormais admettre, encore une fois, qu’en sachant bien commercialiser, fidéliser ses clients et profiter des OTAs, un professionnel peut souvent se passer d’adhérer à un réseau. L’on préfère de plus en plus payer des commissions proportionnelles pour des clients reçus et visibles, plutôt que des redevances forfaitaires à une chaîne pour un impact commercial pas toujours identifiable ni mesurable.

4) – RETARD DE MODERNITÉ DE L’OFFRE HÔTELIÈRE ? Il est dénoncé par la clientèle hôtelière (en la comparant avec l’évolution de l’habitat, le design automobile et l’immobilier de bureau), même s’il tend à s’atténuer. Les avis et notations en ligne confirment cette situation.

5) – CONTRAINTES ? Tout n’est pas seulement du fait des hôteliers eux-mêmes, la profession est également handicapée par un grand nombre de phénomènes extérieurs ou d’influences exogènes, qu’elle subit de plein fouet.

Ainsi, le système monopolistique des ventes sur le Net, les changements dans les habitudes de consommer et dans les modes de vie, l’inflation (dont les prix du carburant pour les déplacements), les fluctuations imprévisibles et incessantes du tourisme, la RTT dans les entreprises (moins de déplacements), la chasse aux notes de frais (clientèle d’affaires), les dysfonctionnements dans la concurrence, l’accès compliqué aux crédits, les conditions d’exercice (dont de nouvelles règlementations aux conséquences coûteuses et souvent non productives) et les importants prélèvements fiscaux et sociaux obligatoires,… pèsent considérablement sur les possibilités d’équilibrer les comptes de son affaire hôtelière.

Il faut ajouter à cette liste — non exhaustive — les (fortes) augmentations des salaires (dont le SMIC hôtelier), des charges d’eau-énergie et des matières premières, les difficultés de recrutement et de fidélisation du personnel (phénomène qui date d’une vingtaine d’années mais rappelé de surcroît à l’occasion de la crise du Covid), le télétravail et les visioconférences qui réduisent la quantité des voyages professionnels, l’insuffisance de fonds propres, une hausse massive des coûts de créations et de rénovations hôtelières (+/- 20 % de surcoût dans les investissements), une carence dans l’innovation et dans la prise en compte de la demande…

Sans compter les crises diverses qui traversent le pays depuis ces dernières années : gilets jaunes, grèves, émeutes, manifestations, blocages, baisse du pouvoir d’achat, peur des guerres… qui impactent défavorablement directement ou indirectement l’hôtellerie.

A noter toutefois qu’Airbnb ne concurrence pas les hôtels, contrairement aux rumeurs insistantes et idées reçues. Les clients y vont pour des séjours différents (plus longs, en famille, en vacances) de ceux dans les hôtels (courts séjours). La non-concurrence entre ces deux modes d’hébergements — qui sont plutôt complémentaires — se voit clairement dans les chiffres : l’hôtellerie a globalement les mêmes taux d’occupation depuis une quinzaine d’années (en dehors de la période Covid), tandis qu’Airbnb n’a cessé de se déployer en France depuis 2012, 2e pays d’implantation de la marque après les États-Unis.

6) – LES PRIX DES CHAMBRES QUI S’ENVOLENT ? (et ceux des autres services aussi) Conséquence de l’inflation, mais aussi d’une envie de rattrapage des pertes dues à la période Covid de deux années, avec une remontée de la demande, les hôteliers se sont autorisés de grosses hausses de leurs tarifs. Et pas seulement en périodes de forte demande. Les prix ont pu jusqu’à quadrupler à Paris à certaines occasions, sans parler des JO.

Déjà que les clients d’hôtels interrogés régulièrement par Coach Omnium sont nombreux à trouver les hôtels (trop) chers (par rapport à ce que cela vaut ou à leur budget). Si les prix s’alourdissent, la corde risque de casser et l’image de l’hôtellerie ne devrait pas s’améliorer auprès des voyageurs, qui préféreront d’autres modes d’hébergement. Les prémices de cette situation se sont vues en 2023, avec des tarifs hôteliers en forte augmentation provoquant un recul de la fréquentation.

7) – LA CRÉATION TOUS AZIMUTS D’HÔTELS HAUT DE GAMME À LUXE ? Comme déjà expliqué plus haut, le problème est que de nombreuses créations dans ces gammes n’ont pas la clientèle pour les remplir convenablement et ne les auront jamais dans la plupart des marchés locaux concernés. Ces créations ou montées en gamme d’hôtels existants ont été souvent réalisées sans vraies études de marché ou avec des études de complaisance. Du coup, face au manque de clients, on casse les prix — pour sauver les taux d’occupation — avec pour conséquence une dégradation de la profitabilité et une concurrence déloyale envers les catégories inférieures.


Il est certain que sous les coups de boutoir de la distribution et de l’information sur le Net, une bonne professionnalisation de l’hôtellerie est en train de s’opérer, avec un avenir réservé uniquement aux plus compétents, aux plus grandes entreprises et aux hôteliers qui parviennent à s’adapter aux attentes des clientèles, en innovant.

Et surtout en sachant commercialiser leur offre, clef de voûte de la réussite en hôtellerie, avec la proposition d’un (bon) produit adapté aux clientèles. Encore faut-il connaître leurs attentes… Si les chaînes les plus connues peuvent encore avoir du succès, à la condition de moderniser/rénover leurs hôtels, le cas échant, il y a bien de la place pour des hôteliers indépendants imaginatifs, volontaires et entreprenants, en étant surtout, encore une fois, de bons « commercialisateurs ».

Car, si près de 2 hôteliers de grandes villes sur 3 réalisent une commercialisation active, c’est seulement 1 sur 5 dans les autres localisations. Les autres exploitants, sont soit passifs (pas de ventes offensives, attente aléatoire des clients, site Internet peu attractif…), soit ne font pas de commercialisation.

  • Sources : Insee, Atout France, Banque de France, OMT, Coach Omnium

Mark Watkins

Un spécialiste reconnu du tourisme d’affaires, de l’hôtellerie et du marketing touristique

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