BONUS : hôtels, travailler avec un architecte de renom
Publié le 22 mai 2026
ASSOCIER SON PROJET HÔTELIER AVEC UN ARCHITECTE DE RENOM
Pour un hôtelier, s’associer avec une personnalité forte ou un partenaire institutionnel peut apporter un levier considérable à un projet hôtelier… mais aussi créer des dépendances, des surcoûts ou des désillusions.
Les avantages et risques diffèrent fortement selon le type de partenaire. Voici une lecture assez réaliste concernant l’association avec un grand architecte de renom.
Justement, parmi les architectes qui travaillent sur l’hôtellerie, on peut trouver schématiquement 3 catégories. Les généralistes qui ne connaissent rien aux hôtels, mais qui pensent pouvoir créer quand même dans ce domaine. Ceux qui ont déjà signé un ou plusieurs hôtels. Et les grands architectes et designers très connus qui font des hôtels « signature ». Ces derniers sont une quarantaine en France, même s’il n’existe pas une liste officielle des concernés.
AVANTAGES À TRAVAILLER AVEC UN ARCHITECTE DE RENOM
1) Signature forte
Qu’ils soient architecte (bâtiment), architecte d’intérieur ou designer (ou les trois à la fois), ils peuvent être à l’origine de la création d’un hôtel iconique. Cela confère alors à l’établissement un potentiel de forte visibilité et une valeur patrimoniale accrue. Le leitmotiv poursuivi est souvent de « casser les codes de l’hôtellerie », même si cela paraît à chaque fois prétentieux, voire ridicule.
2) Différenciation
Se distinguer de ses concurrents, quand, même en hôtellerie tout devient vite uniforme et que l’originalité est recopiée et donc banalisée, peut paraître vital pour sortir du lot et attirer des clients. Faire appel à un architecte/concepteur connu est très utile dans le luxe, le (trop fameux) lifestyle et les destinations urbaines concurrentielles. On compte sur lui pour imaginer la nouveauté qui attirera et qui marquera les esprits.
3) Meilleure désirabilité
À l’ère ou tout doit être « Instagrammable », ajouter un nom valorisant de personnalité du design peut furieusement aider à la promotion de son hôtel. De quoi favoriser les parutions dans la presse déco/design, en promettant un effet « waouh ». Par ricochet, annoncer la création de l’hôtel ou sa rénovation avec un architecte vedette peut rassurer des banques et investisseurs, et faciliter son financement.
4) Potentiel de hausse des tarifs
Un design fort et une signature gratifiante dans ce domaine peuvent améliorer le prix moyen, le taux d’occupation et l’attractivité internationale.
INCONVÉNIENTS, RISQUES ET PIÈGES
1) Explosion des coûts
Dans la pratique, c’est un risque majeur à œuvrer avec un architecte-designer de renom. On peut subir des choix de matériaux et de détails (beaucoup) plus coûteux qu’à l’ordinaire, un mobilier spécifique onéreux, le tout dans une complexité technique aggravée. L’investissement sera alors hors normes et donc difficile à rentabiliser. Des charges d’exploitation seront inflationnistes en raison de la mauvaise conception technique. L’architecte qui touche souvent des honoraires liés au montant du projet sera par ailleurs tenté d’alourdir l’addition.
2) Surdesign peu fonctionnel
Parce qu’il ne connaît généralement pas le fonctionnement d’un hôtel — dont le travail du personnel d’étages, les attentes des clients et les contraintes d’exploitation —, et qu’il n’écoute pas forcément l’hôtelier sur ce registre, l’architecte crée des établissements peut-être jolis, mais souvent pas fonctionnels, voire bourrés de défauts rendant l’exploitation compliquée et encore une fois coûteuse.
Ainsi, beaucoup d’hôtels très design vieillissent mal opérationnellement : chambres peu pratiques, entretien problématique, maintenance ruineuse, etc. (la liste peut être longue). Il en va de même des choix de matériaux et de mobiliers pas forcément adaptés à l’usage hôtelier et qui peuvent rapidement s’user ou casser. Un hôtel n’est ni une maison, ni des bureaux.
3) Obsolescence rapide
Les tendances déco vieillissent parfois très vite et cela se voit. Par ailleurs, passée la période de curiosité, l’attirance vers un hôtel-vitrine signé s’estompera vite. Il restera la masse de surcoûts à payer. Bref, la mode se démode.
4) Architecture autocentrée
L’architecte « star » aura tendance à ne pas se limiter dans les budgets — payés par d’autres — quand il sait que le résultat final profitera à son image et le glorifiera. De facto, beaucoup de projets hôteliers sont réalisés pour séduire les médias… mais en oubliant les clients, ainsi que le personnel qui y travaille au quotidien. On obtient alors un « hôtel-vitrine » qui décevra.
5) Dépendance créative
L’architecte peut vouloir défendre une vision incompatible avec l’exploitation et ses contraintes (rappel), avec la rentabilité et avec les contraintes terrain. Il expliquera que c’est le prix à payer pour travailler avec lui et bénéficier de sa signature.
Dans l’hôtellerie, beaucoup de projets deviennent très médiatiques, très (trop) « conceptuels », très chers à développer… mais correspondant insuffisamment aux attentes des clientèles, aux flux réels, au pouvoir d’achat et à l’exploitation quotidienne.
Mark Watkins
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