BONUS : bien-être animal & chaînes hôtelières
Publié le 27 janvier 2026
LE BIEN-ÊTRE ANIMAL INTÉRESSE PEU LES CHAÎNES HÔTELIÈRES
Dans le monde feutré du tourisme et de l’hôtellerie, il s’est passé dernièrement un événement des plus inattendus et inédits. L’association de défense des animaux L214 a organisé une manifestation devant un appart’hôtel Adagio à Lyon pour dénoncer la nourriture préparée avec des animaux maltraités, servie aux clients de la chaîne. Adagio, aux 130 adresses dans 16 pays, appartient conjointement à Accor et à Pierre & Vacances Center Parcs.
Déjà, en février 2009, L214 avait contacté la direction de l’enseigne Novotel pour l’inciter à bannir les œufs de poules élevées en cage des menus du petit-déjeuner. La chaîne a décidé de les supprimer en 2010.
On était plus habitué aux actions de L214 contre des immondes abattoirs et des élevages cruels en batteries. S’en prendre à la restauration d’hôtels, voilà qui a donné l’idée de cette analyse : jusqu’où vont les groupes hôteliers dans leurs engagements de respect de l’environnement ?
Nous ne parlons pas ici de l’accueil des gentils animaux de compagnie des voyageurs, mais bien de l’assiette.
Utiliser des aliments issus de l’élevage intensif et de (pauvres) bêtes qui n’ont connu qu’une courte vie serrées en batteries, c’est favoriser cette filière, ce qui est incohérent avec une démarche environnementale sincère comme bien des groupes hôteliers aiment se vanter d’en avoir. Sans parler de la qualité médiocre de la viande ou des œufs servis aux consommateurs.
UNE PRÉOCCUPATION MINEURE
En y regardant de plus près, sur environ de 2.500 établissements de chaînes présentes en France dotés d’au moins un restaurant, on trouve peu d’enseignes intégrées qui se préoccupent d’être « animal friendly » et par ricochet qui intègrent dans leurs restaurants des aliments carnés respectueux de cette cause. Même chose du côté des chaînes volontaires.
Accor l’annonce, Best Western aussi, tout comme Logis ou Pierre & Vacances. Mais, cela reste rare sur plus de 140 marques dans l’Hexagone. De plus, il y a davantage d’intentions et de proclamations que d’actes réellement observables sur le terrain où les promesses de bien faire ne sont pas toujours tenues ou seulement partiellement.
Si quelques groupes hôteliers optent pour des programmes de décarbonisation, d’approvisionnement responsable en circuits courts, de création d’une offre culinaire durable, de gestion des déchets, de gestion de l’eau et de l’énergie — ce qui permet surtout de faire des économies —, ils restent peu nombreux à s’engager en tout ou partie dans la cause du bien-être animal dans leurs offres de petits-déjeuners et de restauration.
Par ailleurs, certains s’appuient sur des labels, mais qui sont rarement parfaits.
BATTRE LES ŒUFS EN NEIGE…
Plus couramment, le cas échéant, on propose sur les buffets de petits déjeuners et dans les repas surtout des œufs provenant de poules élevées hors cage / en plein air. Attention « hors cage » ne signifie pas que les volailles gambadent joyeusement en liberté… Par ailleurs, rien n’est dit ou presque sur le jambon, la charcuterie et les produits laitiers.
Dans le meilleur des cas, on assiste à une adoption seulement progressive de volaille et de viande porcine venant d’animaux sous Label Rouge ou bio avec ce que l’on considère comme des standards supérieurs d’élevage. Il y a ici ou là des objectifs d’au moins (à peine) 20 % du volume de poulet de plein air conformes à l’European Chicken Commitment suivi par exemple par Pierre & Vacances Center Parcs. Ce qui signifie que 80 % est de la volaille mise sur les cartes des restaurants peut être de batteries. En attendant mieux.
Un seul groupe — Accor — parle de réduire les produits d’origine animale les moins soutenables (comme les espèces marines menacées) et à proposer davantage d’options végétales. Novotel vient ainsi d’annoncer que 25 % de ses plats proposés dans ses restaurants seront bientôt végétariens. Est-ce que cela plaira à ses clients et est-ce que cela fera baisser les prix par rapport à des plats carnés ? À voir.
CUISINE D’ASSEMBLAGE
Mais, qu’en est-il des pâtisseries et préparations/plats industriels venant de l’extérieur dont les restaurants de chaînes hôtelières (mais aussi près de 85 % des restaurateurs français) sont très friands ? Par exemple, Pomona n’a pas de politique publique très claire et détaillée spécifiquement consacrée au bien-être animal dans ses documents accessibles au public (par exemple une charte ou des objectifs précis, meilleures pratiques d’élevage, etc.).
Brake s’était engagé en 2017 à ce que tous les œufs de ses produits maison proviennent de poules élevées sans cage (« cage-free ») à une échéance autour de 2025 (sic). 8 ans pour y arriver… Et encore, cela ne signifie pas que les poules seront en liberté. Le fournisseur a aussi annoncé l’introduction de nouvelles normes améliorées de bien-être pour ses produits de poulet frais, par exemple en assurant plus d’espace et de possibilités de comportement naturel pour les animaux. Allez comprendre ce que cela veut dire concrètement. Mais, on ne trouve rien sur la viande porcine, le poisson et autre.
Transgourmet France a en revanche intégré le bien‑être animal comme un des objectifs de sa stratégie RSE alignée avec celle de son actionnaire, le Groupe Coop. Le document interne sur sa stratégie de développement durable cite explicitement le bien‑être animal comme un pilier de ses engagements (« rendre nos chaînes d’approvisionnement toujours plus responsables » inclut le choix de produits conformes à certains standards).
GREENWASHING ANIMALIER
Comme il existe le greenwashing environnemental, dans le domaine de la consommation de la viande on sait également faire prendre des vessies pour des lanternes. Voici quelques expressions courantes et fallacieuses :
• « Poulet élevé au sol » : les poules ne sont pas en cage. La réalité : elles peuvent être très nombreuses au mètre carré, souvent entre 16 et 25 poules/m² dans le standard français (élevage en batteries), ce qui limite leur comportement naturel (picorer, se percher…) et favorise l’agressivité entre animaux. Dans la filière « poulet de chair », la France pratique encore le broyage de poussins quel que soit le mode d’élevage, même en bio. Encore une fois, le hors cage ne signifie pas « élevés en plein air ».
• « Porc élevé en liberté / plein air » : le porc a accès à l’extérieur. La réalité : c’est souvent limité dans le temps ou en surface. Le label n’impose pas une exposition continue et le bâtiment principal peut rester surpeuplé (autour de 0,8 m2 par cochon). N’empêche pas les pratiques douloureuses/cruelles comme la coupe de la queue ou la contention en cage des truies en maternité.
• « Bœuf de race locale / race à viande » : l’animal est élevé « traditionnellement ». La réalité : ne garantit pas l’espace, la durée au pâturage, ni l’absence de pratiques douloureuses voire choquantes (taille des cornes, abattage sans étourdissement, etc.)
• « Label Rouge » : suggestion de qualité et de bien-être. Label Rouge impose un certain standard alimentaire ou de durée d’élevage. La réalité : la densité et certaines pratiques de manipulation ne sont pas toujours couvertes pour l’engagement de qualité d’élevage.
ASTUCES MARKETING COURANTES de greenwashing animalier :
- Accent mis sur le terme « au sol » ou « plein air »
- Les étiquettes utilisent ce terme pour faire croire à un espace d’élevage libre suffisant, alors que la réglementation autorise encore une densité élevée.
- Photos de prairie, poules sur l’herbe, paysage champêtre
- Très visuel et émotionnel, ça laisse penser que tous les animaux ont accès au plein air, alors que seule une partie peut y avoir droit ou seulement pendant certaines heures et pas toute l’année.
- Mise en avant d’un label partiel ou sectoriel
- « Label Élevage Responsable » ou « Filiale d’un programme durable » : le label payant peut concerner seulement la filière ou certains aspects (alimentation, absence d’antibiotiques), pas le bien-être global (espace, enrichissement, soins).
- Communication sur les hormones, antibiotiques ou OGM
- Souvent, la marque insiste sur « sans hormone » ou « sans antibiotique sauf si nécessaire », ce qui détourne l’attention de la densité, du transport ou des pratiques d’abattage contestables, voire inhumaines.
- Valeurs générales ou chiffres vagues
- « Nos animaux sont élevés avec soin » / « Respect de l’animal » : aucune norme mesurable, juste une phrase rassurante.
- Mise en avant des certifications environnementales
- Certaines certifications environnementales (type HVE) ne garantissent pas le bien-être animal : elles peuvent couvrir l’usage de pesticides, l’eau, le carbone… mais pas l’espace ou les comportements naturels.
L’EXPRESSION « ORIGINE FRANCE » :

Elle est censée rassurer le consommateur et caresser sa fibre patriotique. Mais, elle n’est pas une garantie que la viande respecte le bien‑être animal ou même des standards de qualité stricts au-delà de la traçabilité. Elle a un sens très précis, mais limité.
Selon la réglementation européenne et française :
- Pour la viande bovine : « origine France » signifie que l’animal est né, élevé et abattu en France.
- Pour le porc ou la volaille : cela indique généralement que l’animal a été élevé et abattu en France, mais pas forcément nourri intégralement avec des aliments français.
C’est donc avant tout un critère de traçabilité et de géographie, pas un label qualité ou bien-être, ni une vraie caution éthique.
• Voir également le tableau précisant les critères de labels pour la viande.
Mark Watkins
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