Panorama sur l'hôtellerie en France par Coach Omnium

De plus en plus d’hôtels économiques ferment —

En 2010, le parc hôtelier français classé (distingué par des étoiles) ne cesse de s’alléger en nombre d'hôtels à l'instar de ce qu'il se passe depuis ces dernières années, pour parvenir à un volume tournant autour de 17.000 hôtels — soit moins de 600.000 chambres disponibles — contre 20.400 en 1991. Il n'existe pas de statistiques officielles sur le nombre d'hôtels non classés, que l'on estime selon les sources à un volume se situant autour de 9.000 établissements…

Evolution du nombre d'hôtels classés en France depuis 1995

Catégories

 

1995

 

Capacité
Moyenne
(*)

 

2010

 

Capacité
Moyenne
(*)

 

Variation Hôtels/15 ans

 

Variation
en %

 

Parts de l’offre hôtels 2010

0 */ 1 *

5.824

18,6

3.072

31

- 2.752

- 47,2 %

18 %

2 *

10.490

28,6

9.127

28,6

- 1.363

- 13 %

53,8 %

3 *

3.293

46

3.876

44,9

+ 583

+ 17,7 %

22,8 %

4 * & plus

540

68,3

898

73,6

+ 358

+ 66,3 %

5,4 %

Total Hôtels

20.147

29,6

16.973

35,1

- 3.174

- 15,7 %

100 %

Total Chambres

596.670

596.062

- 608

- 0,1 %

Source Insee – traitement & analyse par Coach Omnium
(*) en nombre de chambres par hôtel

Évolution de l’occupation des hôtels français classés en 2009

Catégories

 

Taux d’occupation
2009

 

Evolution 2009/2008
(en points)

 

Evolution des nuitées 2009/2008

0 *

61,2 %

- 3,2

- 4,1 %

1 *

55,6 %

- 1,1

- 5,2 %

2 *

56,4 %

- 2,6

- 5,4 %

3 *

58,5 %

- 4,2

- 5 %

4 * & plus

61 %

- 5,4

- 2,9 %

ENSEMBLE

58,1 %

- 3,3

- 4,8 %

Source Insee

En 15 années, l'offre hôtelière classée s'est peu à peu dégarnie en nombre d'hôtels, perdant environ 16 % d'adresses, soit une soustraction de près de 3.200 unités.

Le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française, confirmé par le réseau des CCI, estime que près de 4.000 hôtels classés devraient disparaître d’ici 3 ans, soit davantage en peu de temps que durant ces dernières 15 années… ! Leurs difficultés économiques (pour les plus petits hôtels), associées aux nécessaires besoins d’adaptation aux normes de sécurité (échéance 2011) et à l’accessibilité des personnes handicapées (échéance 2015), vont accélérer la disparition de ces hôtels. Déjà près de 56 % des hôteliers indépendants souhaitent vendre leur affaire, selon un sondage de Coach Omnium. 

Dans ce même laps de temps, le parc hôtelier français s'est de plus en plus rehaussé en niveaux de gammes. L'hôtellerie économique — du 0 au 2 étoiles — est passée de 81 % du parc total en 1995 (soit 16.314 hôtels) à 72 % en 2010 (soit 12.199 hôtels), diminuant au passage de 4.115 hôtels. L'offre hôtelière de moyen et de haut de gamme s'est au contraire accrue de plus de 941 hôtels.

Cependant, ce phénomène de montée globale en gamme, avec une perte d'hôtels économiques et un gain d'établissements de plus hautes catégories se retrouve dans tous les secteurs des hébergements touristiques : les campings, les gîtes, les villages de vacances et les résidences de tourisme. C’est également un phénomène que l’on rencontre peu ou prou dans les autres pays d’Europe occidentale.

Si l'hôtellerie 0 à 2 étoiles a perdu le plus grand nombre d'hôtels, il s'agit essentiellement d'établissements indépendants. Les chaînes hôtelières intégrées dans cette gamme dite économique ont au contraire gonflé leurs effectifs, passant ainsi à 2.251 hôtels en 2010.

 La réduction du nombre d'hôtels, avec une concentration de la perte sur les gammes économiques s'explique globalement par :

  1. Des liquidations judiciaires, notamment dans les petites structures indépendantes à bas prix par manque de rentabilisation, d'investissements et d'attrait par la clientèle ; cela concerne aussi les hôtels en milieu rural et très saisonniers.
  2. Des cessations d'activité par des exploitants prenant leur retraite, sans reprise de leur établissement.
  3. Une insuffisance ou une détérioration de la demande, surtout sur le créneau des voyageurs à motif professionnel (un hôtel doit idéalement pouvoir travailler sur la clientèle de loisirs et d’affaires).
  4. Des hôtels en bord de mer transformés en logements, phénomène favorisé par la "Loi Littoral" interdisant les constructions neuves.
  5. Un transfert d'hôtels classés vers l'hôtellerie non classée soit par demande volontaire de déclassement, soit par non conformité avec les normes en vigueur. A noter qu'en 2010, 310 hôtels de chaînes intégrées, essentiellement dans les catégories super-économiques, sont sans classement, alors qu'ils offrent des produits conformes aux normes hôtelières. La raison tient généralement à la possibilité d’échapper à la taxe de séjours lorsque l’hôtel n’est pas classé.
  6. Un redéploiement dans les centre villes où le foncier et les prix de revient plus chers justifient la création d'hôtels plus haut de gamme. La clientèle étrangère recherche également des hôtels 3 et 4 étoiles en centre ville et stimule ainsi la création de ces établissements.
  7. La recherche d'une meilleure rentabilité.

La France dispose d'une offre hôtelière large, avec une grande diversité et des propositions de prestations pour en principe tous les goûts et presque tous les prix (de 25 € à 500 € et parfois bien plus par chambre/nuit) : des auberges, des palaces, des hôtels "design", des boutique-hotels, des hôtels de chaînes, des hôtels de charme, des hôtels-châteaux, etc.

 L'hôtellerie indépendante est très majoritaire (83 % des hôtels classés, soit 13.955 unités), avec une grande quantité d'établissements de type familial, donc généralement de petite capacité. Mais, comme dans la plupart des pays d'Europe, la taille moyenne des hôtels français est trop réduite. Si bien sûr la clientèle aime les petits hôtels de charme pour ses week-ends, cette situation pose à la profession un problème de plus en plus imposant de rentabilité. Ainsi, les hôtels classés français proposent 35,1 chambres en moyenne (contre 29,6 en 1995) ; mais il faut distinguer les chaînes intégrées — aux hôtels plus grands (en moyenne 80,4 chambres en France) — des indépendants, avec des établissements faiblement calibrés, d'en moyenne 25,3 chambres. Plus on se tourne vers le milieu rural, plus les hôtels sont de petite capacité (18 chambres en moyenne chez Logis, par exemple). Or, on sait qu’en dessous de 40 à 45 chambres environ (et 60 en hôtellerie super-économique), il est difficile de s’y retrouver dans ses comptes. Par ailleurs, paradoxalement, plus un hôtel est grand, meilleur est généralement son taux d’occupation car il peut travailler avec plusieurs segments de clientèles complémentaires, dont des groupes et des séminaires, le cas échéant. Et… meilleure est sa rentabilité parce que l'hôtelier amortit mieux ses charges fixes d’exploitation, qui représentent la majorité de ses frais (entre 85 et 90 %).

• Voir notre étude économique sur la petite hôtellerie française sur notre site : Etude

 Bien entendu, la rentabilité d'une affaire hôtelière lui permet de durer, de réinvestir, de soutenir la qualité de ses équipements et de son confort et par conséquent, de favoriser la satisfaction du consommateur. Cette petite taille de notre hôtellerie et la faible rentabilité des unités modestes a conduit l'offre hôtelière à accuser un sérieux retard de modernité et à offrir une prestation inadaptée aux attentes de la clientèle. Près de 1/4 de nos hôtels français classés sont vieillots, voire vétustes et 1/3 sont à bout de souffle dans leur produit, selon le Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française (www.comitemodernisation.org). 

 Les chaînes hôtelières intégrées (les réseaux qui réunissent des filiales de groupes hôteliers et/ou des franchisés) sont devenues la force vive dans notre paysage hôtelier. Elles continuent à se développer, mais d’une manière désormais "molle" : + 41 hôtels de plus en 2009 et + 16 hôtels en 2008 —, contre 50 à 150 par an avant 2000 — étude exclusive de Coach Omnium (18e année).

Aujourd’hui, si les 61 enseignes recensées ne représentent que 17 % du nombre d’hôtels classés français (soit 3.018 hôtels en filiales, franchises et mandats de gestion), elles réunissent 39 % du nombre de chambres et tout de même près de 54 % de parts de marché. Autrement dit, plus d'une nuitée hôtelière en France sur deux (dans l'hôtellerie classée) se déroule dans un hôtel de chaîne intégrée. Cela s'explique par leur taux d'occupation plus important que chez les indépendants — grâce à l'effet réseau et à la notoriété des marques —, et aussi par la relativement grande capacité de leurs hôtels.

 Les chaînes hôtelières intégrées bénéficient souvent de taux d’occupations supérieurs de 8 à 15 points, à hôtels comparables, à ceux des indépendants. Elles sont également en moyenne plus chères de 20 %, malgré les nombreuses promotions tarifaires appliquées durant la crise économique de 2009 & 2010.

Aujourd'hui, les phénomènes de concentration s'intensifient dans l'hôtellerie, comme dans les autres secteurs d'activité économique. Les deux groupes hôteliers leaders en France — Accor et le Groupe du Louvre —  contrôlent près de 3/4 des hôtels affiliés à des chaînes hôtelières intégrées, dont une domination sans surprise du groupe Accor, qui en fédère 47 %. Rien qu'en France, 36 enseignes de chaînes ont disparu en 15 ans en raison de fusions-absorptions ou parfois de faillites, alors qu'il ne se crée presque plus de réseaux nouveaux (sauf Kyriad en 2000 et All Seasons en 2007).

 A côté des chaînes hôtelières intégrées, se trouvent 27 enseignes de chaînes volontaires dans l’Hexagone, qui fédèrent 6.170 hôtels, dont près de 1/5e adhèrent à deux ou à trois réseaux différents.

Dans l’ensemble, près d’1 hôtelier français sur 2 (48 %) n’adhère à aucun réseau, ce qui les isole et les fragilise dans beaucoup de cas.

Le retard de modernité de l'offre hôtelière dénoncé par la clientèle hôtelière (en la comparant avec l'évolution de l'habitat, le design automobile et l'immobilier de bureau) n'est pas seulement du fait des hôteliers eux-mêmes. La profession est handicapée par un grand nombre de phénomènes extérieurs ou d'influences exogènes, qu'elle subit de plein fouet. Ainsi, les changements dans les habitudes de consommer et les modes de vie, les fluctuations imprévisibles du tourisme, la mise en place de la RTT dans les entreprises, la chasse aux notes de frais, les dysfonctionnements dans la concurrence, l'accès compliqué aux crédits, les conditions d'exercice et les importants prélèvements fiscaux et sociaux obligatoires,… pèsent considérablement sur les possibilités de rentabiliser son affaire hôtelière.

Il faut ajouter à cette liste non exhaustive les difficultés de recrutement du personnel, l'insuffisance de fonds propres, une hausse massive des coûts de créations hôtelières, une carence dans l'innovation et dans la prise en compte de la demande, …histoire de finir de noircir le tableau.

Il est certain qu'une grande professionnalisation de l'hôtellerie est en train de s'opérer, avec un avenir réservé uniquement aux plus solides, aux plus grandes entreprises et aux hôteliers qui parviennent à s'adapter aux attentes des clientèles. Si les chaînes ont leur succès, il y a encore beaucoup de place pour des hôteliers indépendants imaginatifs, volontaires et entreprenants.

Le nouveau classement hôtelier intervenu officiellement fin 2009 ne permettra pas à l’hôtellerie française de se moderniser et de s’ajuster aux attentes des clientèles touristiques, tant ses critères sont minimalistes et inadaptés aux attentes des clientèles hôtelières françaises et étrangères (voir les manifestes du Comité pour la Modernisation de l'Hôtellerie Française). Avec sa procédure administrative lourde et son coût pour les hôteliers, il n’aura pour conséquence que d’augmenter le nombre d’hôtels non classés (et donc de réduire le nombre d’hôtels classés). Ces établissements hôteliers sans étoile ne seront pas obligatoirement de mauvais prestataires aux yeux de la clientèle hôtelière. De la même façon, les unités nouvellement classées ne seront pas nécessairement de bons hôtels. Cependant, les nombreux hôtels français vétustes, voire insalubres, aujourd’hui étoilés selon les normes de 1986, que l’on trouve surtout dans les grandes villes, ne devraient pas passer le cap de la mise aux normes de sécurité (2011). Non satisfaites, ces normes vont en obliger beaucoup à fermer pour ne plus recevoir du public, sauf s’ils entament des travaux idoines, ce que beaucoup ne feront pas.   

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